• Le roi de Finlande

Mon âme robuste

Note de lecture et extraits : Feuilles d'herbe, Walt Whitman


Couverture du livre Feuilles d'herbe, Walt Whitman, éditions Albin Michel

Philippe Delerm a signé une jolie préface à ces Feuilles d'herbe, aux éditions Albin Michel. Il présente Walt Whitman comme "un homme libre, exaltant sans cesse la vigueur du sang qui bouillonne dans ses veines, un homme du dehors, un homme de tous les vents, tous les soleils, toutes les pluies". Et de fait, ce qui frappe à la lecture de ses textes poétiques, bien plus que le style, c'est un souffle, une énergie franche et directe, une force naturelle. Whitman se vivait, du moins à travers ses écrits, comme une force de cette nature à laquelle il vouait admiration et gratitude. Il n'a eu de cesse, au fil des mots, d'exprimer la puissance de son désir d'être au monde, avec une foi inébranlable et modeste à la fois. Un chêne. Un chêne qui aurait joui, depuis ses racines jusqu'à ses feuilles, d'être un maillon magnifique entre l'infiniment petit et l'infiniment grand. "Dans ce lyrisme cosmique, écrit Delerm, on est toujours au cœur de la plus complète humilité." Et de la plus complète confiance en soi.


Extraits

"Toutes les forces ont été constamment employées à me parfaire et à me charmer,

Me voici maintenant devant vous avec mon âme robuste."


"À partir de cette heure je décrète que je suis affranchi des limites et des lignes de démarcation imaginaires,

J'irai où il me plaira, je serai mon propre maître, absolu et total,

J'écouterai les autres, examinerai attentivement ce qu'ils disent,

Je m'arrêterai, observerai, accepterai, contemplerai,

Avec douceur, mais avec une volonté irrésistible, je me libérerai des étreintes qui voudraient me retenir.

J'aspire de grandes gorgées d'espace,

L'est et l'ouest sont à moi, et le nord et le sud sont à moi.

Je suis plus vaste et meilleur que je ne pensais

Je ne savais pas que je contenais tant de qualités."


La fin de la préface de Delerm est un petit bijou, quand bien même on ne partage pas complètement son enthousiasme : "On lit Whitman, emporté. Puis on se pose deux questions. Comment la poésie peut-elle être cela ? Comment peut-elle être autre chose ?