À propos du roi de Finlande

Je m'appelle Frédéric Viaux. J'ai "rencontré" le roi de Finlande en songeant d'abord au roi de Suède ou, plutôt, en me souvenant du titre d'un film d'Emir Kusturica jamais réalisé : Le Roi de Suède un dimanche après-midi sur sa bicyclette verte. Titre formidable : concis et porteur d'un message essentiel. Cherchant à baptiser ce blog dans cette veine concise et essentielle, je suis allé flâner virtuellement dans un pays voisin de la Suède, la Finlande, en me renseignant sur son histoire royale. C'est là que j'ai découvert l'histoire de l'Allemand Friedrich Karl von Hessen-Kassel, roi éphémère d'un éphémère royaume de Finlande, entre octobre et décembre 1918. Petit  retour en arrière. Après la victoire allemande en Russie en 1917, la Finlande s'affranchit de son annexion de longue date à son grand voisin russe. S'ensuit une guerre civile finlandaise entre les Rouges (pro-Russes) et les Blancs (pro-Allemands). Sortis vainqueurs, les Blancs décident de doter la Finlande d'une monarchie constitutionnelle et lorgnent stratégiquement du côté de l'Allemagne pour choisir un souverain. Ils jettent leur dévolu sur le prince Friedrich Karl von Hessen-Kassel, nommé roi le 9 octobre 1918. Toujours sur ses terres germaniques, ce dernier temporise avant de se rendre sur place pour l'intronisation. En novembre, la Première Guerre mondiale prend fin avec l'abdication de l'Empire allemand. Et l'idée de l'arrivée au pouvoir d'un Allemand dans un pays d'Europe n'apparaît plus comme politiquement correcte. Friedrich est contraint de renoncer officiellement à son trône le 14 décembre 1918... sans jamais avoir mis les pieds en Finlande. Le pays prendra ensuite un tournant républicain et démocratique. Cette histoire singulière et peu connue m'a donné envie d'en savoir plus sur ce roi de Finlande. J'ai fait quelques petites recherches historiques sans rien trouver de bien titillant.

C'est finalement une autre histoire, littéraire, qui m'a rendu ce roi de Finlande encore plus intéressant et, pour ainsi dire, plus familier. Il s'agit d'une nouvelle de Carson McCullers, publiée dans le New Yorker en 1941, et intitulée Madame Zilensky et le roi de Finlande. Dans cette nouvelle, madame Zilensky, professeure de musique, s'attire les foudres du directeur de l'établissement où elle enseigne, en soutenant mordicus qu'un jour, près d'une pâtisserie, elle a vu passer le roi de Finlande. Le directeur s'emploie à la raisonner en lui rappelant que la Finlande est une démocratie et qu'elle doit cesser d'affabuler. Il insiste pour obtenir un aveu de mensonge jusqu'au moment où il comprend l'importance de cette anecdote imaginaire dans la vie de madame Zilensky... Le roi de Finlande m'est alors apparu comme le symbole à la fois d'une victoire de l'imagination sur la raison, d'une liberté d'inventer sa vie et de la nécessité, parfois, du recours à la fiction, à un surcroît de vie, pour aider à vivre. J'aime cette idée d'une imagination vitale qui, me concernant, se concrétise à travers les arts.

Voilà comment ce roi de Finlande est devenu la figure emblématique et le co-auteur virtuel, à titre posthume, de ce blog dédié aux arts, à la culture et à la fantaisie telle qu'elle me parle. J'ai conçu ce blog comme un petit magazine culturel personnel, orienté photo, littérature, écriture, cinéma, musique et arts plastiques. Petit cabinet de curiosités, de découvertes ou de classiques revisités. Quelques pépites dans un terrain que j'espère fertile. Terrain de jeu et de liberté. Où je confirme que madame Zilensky a bien croisé un jour le roi de Finlande. Et où j'affirme à mon tour que le roi de Finlande s'est perdu en forêt un soir de brume.

Madame Zilensky and the King of Finland, Carson McCullers, The New Yorker, 1941
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