Le pavé et le désert
- Le roi de Finlande
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 18 heures
Note de lecture et extrait : Les Détectives sauvages, Roberto Bolaño
Note de lecture
Le pavé, c'est le livre en lui-même, ce gros objet feuilleté de plus de 900 pages (en Folio). Le désert (de Sonora, au Mexique), c'est ce que traversent les personnages principaux dans la troisième et dernière partie du roman. La traversée du désert, c'est aussi peut-être ce qui caractérise, métaphoriquement, l'ensemble d'un récit où les protagonistes errent et se perdent malgré leurs ambitions et leurs quêtes.
Ce récit commence et finit par le journal intime d'un jeune Mexicain, Juan Garcia Madero, poète attiré par un nouveau mouvement poétique, le "réalisme viscéral". La première partie du roman donne ainsi une description amusante du milieu de la poésie dans le Mexique de 1975, ponctuée d'une ironie savoureuse et portée par une narration qui avance au gré des hasards, des rencontres et des aventures sexuelles du jeune Garcia Madero. Roman d'apprentissage nonchalant, liberté de ton réjouissante. La seconde partie est un ensemble narratif polyphonique, aussi original que déroutant, constitué d'une multitude de témoignages de personnages divers, qui racontent leur propre histoire et une partie de celle des deux fondateurs du réalisme viscéral, Arturo Belano et Ulises Lima, qu'ils ont croisés à un moment de leur vie. Autant de témoignages qui permettent de reconstituer façon puzzle les pérégrinations erratiques, à travers le monde, entre 1976 et 1996, de ces deux personnages. La troisième partie reprend là où s'était arrêtée la première. C'est un road-trip marqué à la fois par la fuite (face à un danger, depuis Mexico vers le désert de Sonora) et par la recherche d'une poétesse avant-gardiste, ayant publié d'énigmatiques dessins dans les années 1920, et qui fascine Belano et Lima. Un road-trip qui donne dans le tragicomique, dans l'absurde et dans une certaine dimension de la littérature latino-américaine, explorée précédemment, à leur manière, par Borgès, Cortazar...
Les impressions sont multiples face à ce roman lui-même "multiple", ce long récit fait de courts récits. Celle d'avoir découvert un objet littéraire unique, d'une grande inventivité, d'une grande richesse dans sa composition, d'une grande variété dans ses tonalités et ses styles. Et donc celle d'avoir rencontré un auteur intéressant et important, le romancier et poète chilien Roberto Bolaño. Celle, par ailleurs, de s'être un peu perdu en cours de route (comme Belano et Lima dans leurs aventures), de s'être essoufflé durant une deuxième partie qui part littéralement dans tous les sens et qui paraît interminable, malgré la maîtrise de l'ensemble. Celle, enfin, d'avoir fait un voyage, chaotique certes, mais mémorable, et qui valait le détour. Ou plutôt les détours !

Extrait
23 décembre
Aujourd'hui il ne s'est rien passé. Et s'il s'est passé quelque chose, le mieux est de le taire, parce que je ne l'ai pas compris.