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  • Photo du rédacteurLe roi de Finlande

Le passé

Petite prose


Enso, cercle zen japonais, Thoth Adan. Blanc sur fond gris.

Trouver les causes passées d'un état présent n'est pas très compliqué. Trouver son sens l'est davantage. Qu'est-ce que cet état révèle de sous-jacent ? Qu'est ce qui fait que l'on y reste, dans cet état ? Qu'on le maintienne parfois, le conforte, malgré des changements de contexte, malgré tout ? Est-ce que des tristesses, des colères, des rancunes, des ruminations – ancrées profondément – ont finalement quelque chose de confortable ou génèrent quelque chose approchant d'une certaine satisfaction par habitude ? Pourquoi ne se laisse-t-on pas traverser ? Pourquoi garde-t-on et répète-t-on ?


On peut se dire : le passé est le passé. Comme un cadavre qui n'aurait pas levé tous ses mystères, on l'autopsie, on le dissèque. À des fins de compréhension. Mais après en avoir tiré l'essentiel, il faut le mettre en terre ce cadavre. Le laisser gentiment pourrir et rejoindre, naturellement, le grand cycle de la vie et de la mort. Abandonner le cadavre au temps qui passe pour se consacrer à la chair fraîche du temps présent, de l'instant. Dépasser le passé.


Dépasser le passé. C'est là que la porte de la prison s'ouvre. Et pourtant, malgré l'ouverture, on peut rester scotché au même périmètre d'enfermement. Confortablement ? Peureusement ? Comme un oiseau en cage à qui l'on ouvre une trappe et qui reste à l'intérieur. Peut-on encore voir un verrou, même quand il n'y en a plus ? Ou juger qu'une porte n'est pas assez grande ouverte ? La peur de la liberté ? La peur de la liberté.


Rester figé sur le passé est une illusion. Et une excuse parfois pour ne pas "faire" au présent. Croire que l'on est toujours bridé au présent.


Accepter de dire : il en a été ainsi. Se pousser à dire : je le veux maintenant ainsi. Je le vaux ainsi.


Commencer par reconnaître le pouvoir démesuré que l'on accorde au passé, pour mieux le considérer comme n'étant plus, ou plus guère, et le pouvoir démesuré que l'on accorde aux personnes du passé, pour mieux considérer leur réelle influence actuelle – probablement plus faible qu'on ne pense – et les considérer au présent, comme n'importe quelles autres personnes rencontrées. Dans l'état du moment. Dans un état dépouillé d'aura, de statut, de rôle, de costume. Apprendre à se connecter avec le moins de préjugés et d'affects possibles. L'espoir d'une neutralité qui laisse une chance.


Il faut savoir reconsidérer et reprendre la main. Savourer déjà le fait de sentir un courant d'air, un appel d'air résultant d'un travail de déblayage, de dépoussiérage. Ressentir déjà une certaine joie en entrevoyant la possibilité de se réinventer, en ouvrant de nouveaux yeux sur la porte entrouverte. Et s'élancer. Advienne que pourra. Rien n'est grave et tout reste à embrasser.


Texte : Frédéric Viaux. Illustration (acrylique et collage) : Clarke Bruce, Le Cri du corps

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